politique de l’esthétique


Ce qu’on appelle politique de l’art est donc l’entrelacement de logiques hétérogènes. Il y a d’abord ce qu’on peut appeler la « politique de l’esthétique », c’est-à-dire l’effet, dans le champ politique, des formes de structuration de l’expérience sensible propres à un régime de l’art. Dans le régime esthétique de l’art, cela veut dire la constitution d’espaces neutralisés, la perte de la destination des œuvres et leur disponibilité indifférente, le chevauchement des temporalités hétérogènes, l’égalité des sujets représentés et l’anonymat de ceux auxquels les œuvres s’adressent. Toutes ces propriétés définissent le domaine de l’art comme celui d’une forme d’expérience propre, séparée des autres formes de connexion de l’expérience sensible. Elles déterminent le complément paradoxal de cette séparation esthétique, l’absence de critères immanents aux productions de l’art elle-mêmes, l’absence de séparation entre les choses qui appartiennent à l’art et celles qui n’y appartiennent pas. Le rapport de ces deux propriétés définit un certain démocratisme esthétique qui ne dépend pas des intentions des artistes et n’a pas d’effet déterminable en termes de subjectivation politique.

Jacques Rancière, Le spectateur émancipé, Paris, La fabrique édition, 2008, pp. 71-72.

(a4rizm)

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